La science citoyenne (SC) repose sur un principe cohérent : l’implication active du public dans la recherche scientifique. Cependant, ce qui compte comme science citoyenne peut varier considérablement selon le contexte. Les projets étiquetés comme CS peuvent employer différentes approches de recherche et modes d’engagement, s’inspirant de pratiques telles que la recherche participative communautaire, « street-science » (Corburn, 2005), l’épidémiologie populaire (Allen, 2003), la recherche engagée dans la communauté (Israel et al., 2010), ou des conférences de consensus (Guston, 1999). Bien que ces approches diffèrent dans leur méthode, elles partagent toutes un terrain d’entente avec le CS pour créer des opportunités de changement social significatif.
Pour mieux comprendre comment les citoyens peuvent participer à la science, Haklay (2013) a proposé un cadre avec quatre niveaux d’engagement :
Ces niveaux reflètent des degrés croissants d’autonomisation des citoyens et d’appropriation de la production de connaissances. Chaque mode offre des opportunités distinctes pour générer des connaissances, mais leur potentiel diffère, en particulier dans les contextes où la science et la politique se croisent.
La chercheuse Barbara Allen (2017, 2018) a souligné que les formes « extrêmes » ou fortement participatives de la science citoyenne peuvent être particulièrement puissantes dans des situations contestées ou urgentes. Dans ses études participatives de deux villes polluées du sud de la France, des citoyens ont travaillé aux côtés de chercheurs pour étudier les problèmes de santé locaux. Cette participation complète – définir la recherche, recueillir des données et analyser les résultats – a abouti à des connaissances exploitables qui ont donné aux citoyens une voix plus forte. Les résultats ont non seulement informé la compréhension du public, mais ont également permis aux résidents de plaider en faveur d’un changement environnemental, incitant les institutions à réagir.
Ce cas met en évidence une leçon importante : la profondeur de la participation des citoyens influence directement le type de connaissances produites et son potentiel pour générer un impact dans le monde réel. En situant la science dans les expériences vécues par les communautés, la science citoyenne à son niveau le plus élevé favorise des connaissances solides et contextuelles qui peuvent façonner l’avenir social et environnemental.
Références
Allen, B. L. (2003). Uneasy alchemy: Citizens and experts in Louisiana’s chemical corridor. MIT Press.
Allen, B. L. (2017). Participatory research and environmental health justice: Lessons from community-based studies in southern France. Environmental Justice, 10(4), 115–124.
Allen, B. L. (2018). Citizen science and the co-production of actionable knowledge. Science, Technology, & Human Values, 43(6), 1012–1035. https://doi.org/10.1177/0162243918759560
Corburn, J. (2005). Street science: Community knowledge and environmental health justice. MIT Press.
Guston, D. H. (1999). Evaluating the first U.S. consensus conference: The impact of the citizens’ panel on telecommunications and the future of democracy. Science, Technology, & Human Values, 24(4), 451–482. https://doi.org/10.1177/016224399902400402
Haklay, M. (2013). Citizen science and volunteered geographic information: Overview and typology. In D. Sui, S. Elwood, & M. Goodchild (Eds.), Crowdsourcing geographic knowledge (pp. 105–122). Springer.
Israel, B. A., Eng, E., Schulz, A. J., & Parker, E. A. (2010). Methods in community-based participatory research for health (2nd ed.). Jossey-Bass.